Boucle

30 minutes

Que fait l’héritier de la septième plus grande fortune de la galaxie quand son père se décide enfin à mourir accidentellement lors de la visite d’une de ses nouvelle usine ? Réponse : une cérémonie et la fête.
D’abords une cérémonie pour le publique et les médias, histoire de montrer au peuple à quel point la tragédie m’attriste. Même si, en réalité, penser à la perte de l’usine que j’ai saboté me tire plus facilement les larmes que la mort du vieux carnassier. Les pertes financières sont vertigineuses, elles auraient pu faire couler bon nombre d’autres entreprises. Heureusement, pour Finances Interplanétaire Corp. c’est dérisoire, l’équivalent de la perte d’une poignée de riz sur plusieurs millions de tonnes. Mais c’est pas en jetant le riz par les fenêtres qu’on devient encore plus riche, d’où ma tristesse.
Ensuite la fête. Me retrouver subitement à la tête d’une des plus puissante entreprise interplanétaire est suffisant pour me donner envi d’en mettre plein la vue à mes quelques amis envieux. J’aime entretenir leurs jalousies et pour ça je n’ai pas lésiner sur les moyens. Ça a commencé avec l’achat d’une petite planète interdite d’accès. Mais les interdictions n’existent pas quand on pèse aussi lourd que moi. Pourquoi l’achat de cette petite planète insignifiante me demanderez-vous ? Et bien simplement parce qu’elle est le seul environnement où l’Amanite Délirante pousse malgré les multiples et vaines tentatives des mes équipes de botanistes pour y remédier. Ce n’est pourtant pas les motivations qui leurs ont manqué : argent, privilèges, menaces, chantages, exécutions, etc. Mais rien n’y a fait, impossible de la faire se reproduire ailleurs. Alors j’ai tout acheté, malgré les interdictions. Rien de plus incroyable que de faire la fête au milieu de ses champignons dans une atmosphère saturée de spores hallucinogènes.

15 minutes

J’ai tout prévu. La planète a été entièrement aménagée par mes soins, un palais entièrement construit avec les matériaux les plus chers, des attractions personnalisées pour chacun des mes milles et quelques invités, une armée d’esclaves, pardon, de serviteurs, assez de prostitués mâles et femelles pour baiser quelqu’un aussi souvent que vous clignez des yeux, des quantités astronomiques de nourriture, de boissons , de drogues exotiques venues des quatre coins de la galaxie et j’en passe. Bref, largement de quoi faire comprendre à mes amis que jamais ils ne pourraient rivaliser, le tout en étant sous les effets permanents des spores. J’avais précisé sur l’invitation que je déclinais toutes responsabilité en cas d’accident, ce qui ne manquerait certainement pas. Tout était planifié, jusqu’à la mise en scène de mon arrivée par le toit de mon palais au milieu de mes hôtes ébahis. Tout, mis à part le fait que j’étais en retard.

5 minutes

Impossible de laisser la foule attendre trop longtemps avant mon arrivé. Je n’avais pas le choix, il me fallait passer par une des plus grande réserve de la galaxie pour gagner du temps et cela, sans se faire voir par les autorités. Certes, j’avais déjà largement les moyens de payer l’amende avant d’hériter mais inutile de me faire davantage de mauvaise publicité, j’en souffre déjà suffisamment : argent, privilèges, menaces, chantages, exécutions, etc.
J’ai donc choisit d’emprunter une route normalement réserver au transport commerciaux entièrement automatisés et je m’apprête maintenant à traverser l’étape avant le dernier saut qui m’amènera directement à ma destination finale.
Bizarrement, je connaissait déjà la planète près de laquelle mon petit transport allait émerger du non-espace. Umbriel. C’est une planète recenser, comprenez par là qu’elle ne fait pas partie d’une faction en rébellion contre notre beau système économique qui m’a rendu plus riche que vous ne pouvez l’imaginer. Mais c’est aussi une planète hors réseaux. C’est à dire que son gouvernement monarchiste, autoritariste, anarchiste ou quel qu’il puisse être a connaissance de l’existence de l’immense coalition interplanétaire régissant la galaxie mais a refuser d’en faire partie. Heureusement pour lui et ses habitants, les ressources de la planète sont si insignifiantes qu’aucune compagnie minière ne se l’ai appropriée. Ils ont pu continuer à vivre leurs vies minables tranquillement.

1 minute

Une dernière étape et j’y suis. Jusqu’à maintenant, tout s’est bien passé et je ne vois pas pourquoi il en serait autrement. Le plan est simple : retour à l’espace standard à quatre dimensions, je fonce avec mon nouveau Bagucchi dernière génération vers le point de transfert et m’enfonce une dernière fois dans le non-espace. Facile. J’ai acheté et fait modifié ce petit bijou de luxe et de technologie pour en faire le transport personnel le plus rapide de la galaxie spécialement pour cette occasion. Et aussi pour frimer devant mes invités, encore une chose à laquelle ils n’ont même pas les moyens de rêver. Et ça, ça n’a pas de prix.

10 secondes

Le pilote automatique a commencé son compte à rebours, je m’assois et le harnais vient se positionner doucement sur moi. Je vérifie une dernière fois que les coordonnées sont bien entrées dans l’ordinateur et qu’il est prêt à s’y rendre le plus vite possible dès notre retour dans l’espace.
Une goutte de sueur froide me coule le long du flanc. Je ne comprend pas pourquoi je suis aussi nerveux. Ça ne m’arrive jamais.

– « 4, 3, 2 , 1 Entrée réuss… »
L’ordinateur ne termine pas sa phrase, les alarmes se mettent à hurler et les lumières douces de l’habitacle passent au rouge vif.

– « DANGER, DANGER » braille l’ordinateur en me désignant un gigantesque transport au milieu de notre trajectoire. Nous allons beaucoup trop vite pour l’éviter.
Automatiquement je suis connecté sur les communications du géant.
– « MAYDAY, MAYDAY, MAYDAY, … »
Sur le coup je ne comprend pas que lui aussi est en perdition.
Mon ordinateur semble s’être résigné.
– « Impact imminent, préparez vous, me dit il sur un ton beaucoup plus calme que précédemment. »
Une vive lueur m’aveugle. Le Bagucchi est violemment secoué. Il me faut quelques secondes pour réaliser que je ne suis pas mort écrasé comme un insecte sur le pare brise du géant. Le système de défense du transport à réagit en faisant feu. Heureusement le Bagucchi est plus solide qu’un simple astéroïde, il n’a fait que dévié sa trajectoire et m’a sauvé la vie par la même occasion. Mais je ne suis pas tiré d’affaire pour autant, je me dirige droit vers la planète Umbriel sans aucun moyen de l’éviter.

– « Vous allez maintenant être placé en capsule de survie, veillez rester calme, me dit toujours aussi tranquillement l’ordinateur. »
Immédiatement, mon fauteuil bascule et les parois blindées de la capsule se referment sur moi.
– « Merci de votre confiance et bonne chance ! ».
De l’ironique ? Je perd connaissance sous l’effet de l’éjection de la capsule.

Umbriel

Je suis tiré de mon malaise pas les tremblements brutaux de mon canot se survie. Il fait chaud, très chaud, et la température continue à montée en flèche. Malgré les mouvement saccadés, j’arrive à lire l’écran de bord, je suis en pleine entrée dans l’atmosphère, l’oxygène flambe autour de moi. Je perd connaissance à nouveau.

Cette fois je suis réveillé par le son d’une alarme. La capsule ne tremble plus, je me demande même si je suis encore en mouvement. L’écran qui me fait face me confirme que je suis posé à la surface de la planète, que l’atmosphère est respirable, ce qui ne manque pas de me soulager, que ce monde est habité, ce que je savais déjà et que je suis hors connexion empêchant le signal de détresse d’être reçu pas qui que ce soit, ce qui me panique.
Je me concentre, respire, me calme et réfléchit. Mon unique espoir réside dans le transport géant qui a causé mon crash. Même si lui aussi semblait en difficulté, il a eu le temps de me voir, c’est sûr parce qu’il m’a tirer dessus. Il a dû analyser l’objet, recevoir le matricule du Bagucchi et en calculer la trajectoire. Le sauvetage d’un être humain de mon importance étant une priorité absolue, il a dû alerter les autorités compétentes. Même si je doute fortement que autorités et compétentes soient compatibles, ils auront au moins l’idée de m’envoyer une mission de secours . Mais dans combien de temps ? Des heures, des jours, …

Je coupe l’alarme en me demandant pourquoi je ne l’ai pas fait avant. Soulagement.
J’ouvre la capsule.

J’ai atterri sur la face obscure de Umbriel au milieu d’une plantation de ce qui ressemble à du maïs. Elle s’étend à perte de vue dans toutes les directions, rien ne dépasse des plantes hormis une petite maison au loin. En d’autre terme, il fait nuit, froid, je suis perdu dans un champs avec comme seule solution d’aller chercher de l’aide au prés de bouseux d’un autre âge. Merde, il va falloir que je fasse de sérieux effort pour ne pas m’énerver. Et surtout, pourvu que tout cela ne se sache jamais.

J’attrape mon arme, interdite elle aussi, le kit de communication avec la capsule et me met en route vers ce que je pressens être un taudis poussiéreux.

Premier contact

Je me fraye un chemin à travers la plantation. La seule différence avec le maïs est que les épis ont l’air légèrement luminescents sous la lueur des trois petites lunes. Il me faut plus d’une heure pour arriver devant la maison. À mon grand étonnement, la bâtisse est aussi propre qu’un bâtiment de ma propriété. Certes, on est loin de l’opulence pour les matériaux mais je ne n’hésiterai pas à m’asseoir sous le perron si on m’y forçait. Pensée qui me fait presque sourire, rien ne peut me forcer à quoi que ce soit.

Je grimpe les quelques marches qui mène à la porte. Pas de caméra ni aucun système moderne de détection, je dois frapper sur le panneau de bois qui sert de porte. Je cogne assez fort pour que les occupants comprennent qu’il n’ont pas à faire à n’importe qui.

Pas de réponse, la maisonnette reste plongée dans le noir. Je recommence en espérant qu’il y ai une quelconque présence. Ça ne m’avait même pas traverser l’esprit que l’habitat pouvait être vide. Je sens une légère panique m’envahir à nouveau.
Enfin une lumière s’allume à l’étage suivit par des bruits de quelqu’un dévalant précipitamment un escalier. Un escalier… Je suis en pleine préhistoire.
La porte s’ouvre.

Je suis face à une vieille femme, je lui donnerais un peu plus de cinquante ans. Soit même pas la moitié de mon âge. Mais elle a l’air encore plus vieille que mon défunt père qui en avait pourtant trois cents. C’est à ça que ressemble un être humain sans cure de renouvellement cellulaire. Je ne peux m’empêcher d’avoir un mouvement de dégoût.

Je ne lui laisse pas le temps de parler, j’ai déjà la nausée.
– « Amenez moi à votre patron, exploitant, maire, chef de tribu, bref ce qui vous sert de référent. Rapidement, je suis press… »
Elle me claque la porte au nez, j’en reste quoi.
J’entends quelqu’un d’autre descendre les escaliers. Son mâle j’imagine.
Penser qu’elle ne comprend sans doute pas ma langue m’aide à garder mon calme.
Ils semblent discuter mais je ne parviens pas non plus à comprendre les paroles trop étouffées.
Cette fois je frappe la porte de toute mes forces.

La porte s’ouvre. C’est un homme encore plus laid et vieux que la femelle.
Je le regarde avec tout le mépris qui lui est dû.
– « Veuillez excuser ma femme, me dit-il d’une voix tremblante. Vous n’êtes pas planifié et elle n’a pas reconnu votre uniforme. Je dois dire que moi non plus je ne le reconnais pas. »
Parfait, leur langage fait parti des 150 dialectes enregistrés dans ma mémoire. Ça va simplifier les choses.
– « Faites venir les autorités locales. Il me faut parler à votre gouvernement au plus vite, je suis très pressé, dis je en entrant dans la maison. »
Les deux vieux qui me font maintenant faces me regardent sans aucune lueur de compréhension ou d’intelligence. C’est sans doute dû à leur condition d’abruti. Je leur laisse quelques secondes le temps que l’information arrivent à ce qu’il leur sert de cerveau.
– « Mais vous n’êtes pas planifié, me dit la vieille.
– Avez vous votre planning ? En faisons nous parti ? me demande le vieux.
– Arrêtez avec vos ridicules questions et faite ce que je vous…
– Vous êtes un ENP ? demande la femelle en me coupant la parole. »
Cette fois, ils sont allés trop loin. Je dégaine mon arme.
– « Je suis Urbano Alanzo Ezequiel Exposito Barrosa XVIIéme du nom, grand Administrateur Général de Finances Interplanétaire Corporation et de ses 2500 filières. Je suis la septième plus grande fortune de la galaxie et j’ai plusieurs dizaines de milliers de planètes sous mes ordres alors FAITES CE QUE JE VOUS ORDONNE ou les conséquences seront terribles. »
Le teint bronzé des vieux a complètement disparu.
– « C’est un ENP, dit la femelle. Il faut prévenir le bureau local du MDLP. »
Elle se dirige vers un étrange appareil dont elle colle un morceau a son oreille. Un appareil de communication j’imagine.

Bon, quoi que puisse être un ENP ou un MDLP, au moins on avance.
Je regarde vers les choses qui leurs sert de siège, choisi celui qui parait le plus confortable et m’y installe.
– « Et dites leurs que c’est extrêmement urgent et qu’il ferait bien de ne pas me faire trop attendre s’ils ne veulent pas que je fasse couler l’économie de tout les systèmes stellaires à des années lumières à la ronde. »
Sur la petite table qui trône au milieu de la pièce se trouve une antique feuille de papier, dessus un texte qui clame :
–  » Ne ratez pas l’exceptionnelle pluie d’étoiles filantes demain soir. »

Bureau local du MDLP

Je suis réveillé par un bruit de porte qui se ferme. A croire que l’antique mobilier doit être plus confortable qu’il n’en a l’air car je ne souviens même pas m’être endormi.
Le petit homme en uniforme qui se tient devant moi semble m’étudier attentivement. Les deux vieux sont debout derrière lui. Je lui laisse quelques instants pour me détailler, peut être que ce petit fonctionnaire sera susceptible de comprendre qu’il n’a pas à faire à un de ses bouseux habituels.
Le silence se fait pesant.
Je me redresse d’un coup et regarde le petit homme droit dans les yeux :
– « Amenez moi à votre responsable, vite, le temps presse, lui dis-je sur le ton le plus autoritaire possible.
– Bien sûr Monsieur, avez vous votre planning ? »
Encore cette histoire de planning. Restons calme… pour le moment.
– « Écoutez moi, vous ne semblez pas réaliser qui je suis ni les problèmes que vous aurez si vous ne ne faite pas exactement ce que je vous dis. Et ce, le plus vite possible.
– Bien sûr Monsieur, mais vous n’avez pas répondu à ma question. Avez vous votre plan…
– Foutez moi la paix avec le planning et amenez moi à votre supérieur espèce d’insecte insignifiant ! Dis-je en hurlant. »
Ce qui ne semble pas déstabiliser le petit fonctionnaire.
Il se retourne vers les deux vieux et dit :
– « Vous avez bien fait de m’appeler Monsieur et Madame Laury, on semble bien être en présence d’un ENP. C’était la meilleur réaction à avoir, j’ajouterais des points à votre note. »
Les visages des vieux s’illuminent à ces paroles.
– « Merci beaucoup, à quelques jours du nouveau cycle, c’est une très bonne nouvelle, dis la vieille en souriant. »
Et en plus les vieux sont contents !
– « En fait, c’est moi qui leurs ai demandé de vous contacter, dis-je au petit fonctionnaire.
– C’est vrai ? demande-t-il aux vieux. »
La vieille commence à paniquer.
– « Mais nous allions le faire de nous même…
– Dans ce cas, impossible de vous ajouter des points si vous n’êtes pas à l’origine de la réaction. Allons y, dit-il en se retournant vers moi. »
Les vieux ont perdu leurs sourires, maigre consolation.

Sans perdre de temps, je sors de la petite maison et me dirige vers ce que j’imagine être son transport. Une étrange boite métallique plus ou moins travaillé, posé à même le sol sur ce qui me semble être des roues. Les parois sont ajourés par des vitres. Jamais rien vu de tel mais c’est vrai que je ne suis pas un habitué des musées.
– « Dépêchez vous ! Dis-je en me retournant vers le petit fonctionnaire qui traîne le pas.
– « Jamais rencontré quelqu’un aussi pressé de venir dans nos bureaux, marmonne-t-il en ouvrant une porte à l’arrière de son transport. »
Une fois installé à l’avant, il se retourne vers moi et me dit :
– « Vous êtes le second ENP que je rencontre, j’ai pourtant de nombreux cycles.
– Heureux d’élargir vos horizons. Dépêchez vous ! je lui répond trop soulagé de quitter cet endroit pour m’énerver à nouveau.
– Avec plaisir, me répond-t-il en souriant. »

Après avoir traversé des champs, nous entrons dans une minuscule ville et nous arrêtons devant une petite bâtisse rectangulaire en briques. La promenade chez les arriérés continue. « Bureau Local du Ministère De La Planification » est inscrit en lettres noires sur la façade rouge.

Il vient m’ouvrir la porte du transport, au moins il est courtois, et me fait entrer dans la bâtiment.
– « Vous ne me semblez pas dangereux, asseyez vous au bureau, me dit-il en me désignant une chaise devant un grand bureau en bois »
Soit. Je m’assoie sur la chaise la plus inconfortable de la galaxie.
– « Pouvez vous me décliner votre identité et me dire l’objet de votre visite sur notre Planète ? me demande-t-il. »

Je lui explique tout, qui je suis, mon voyage, la collision avec le transport, mon crash. J’insiste lourdement sur l’urgence de la situation et tente une approche différente de la menace.
– « Écoutez, je suis immensément riche, plus que vous ne pouvez l’imaginer. Si vous vous débrouillez pour contacter les secours dans les plus bref délais, je ferais de vous l’homme le plus important de ce système solaire. »
Un silence suis ma tirade.
– « Bien, comme je vous l’ai dit, vous n’êtes pas mon premier évènement non planifié, et je sais exactement quoi faire. Sachez que la première fois m’a fait perdre des points et ce ne sera pas le cas aujourd’hui. Je vous planifie un rendez vous avec le planificateur local le plus vite possible. Il est le plus a mème de vous présenter au Grand Planificateur. »
Il avait prononcé ces derniers mots avec une telle déférence que je suis maintenant sûr de rencontrer quelqu’un qui a réellement le pouvoir de m’aider.
– « Vous ne le regretterez pas, lui dis je avec un air entendu. »

Il se lève et m’accompagne vers une porte.
– « C’est ici que les ENP doivent attendre, ne vous inquiétez pas, ça ne sera pas long, me dit il la main sur la poignée. »
La porte s’ouvre sur une minuscule pièce plongée dans la pénombre, j’arrive à peine à voir les murs pourtant proches.

A peine ai je franchi le seuil que le petit fonctionnaire claque la porte derrière moi. Je me retourne surpris et essaye de l’ouvrir. Elle est verrouillée.

ENP

En vain je frappe sur la porte, hurle, insulte, menace, rien y fait. Je suis pris au piège dans une minuscule cellule. Elle ne comporte que deux lits superposés dans lequel je ne ferais même pas dormir mon animal de compagnie.
L’imbécile que j’ai été s’est laissé berné par le petit fonctionnaire. Ma vengeance sera terrible, jamais aucun monde n’avait vécu ce que j’allais faire vivre à cette planète. Il n’en restera rien une fois que mon armée sera lâchée. Et je vais en savourer chaque instant, chaque exécution, chaque viol.

Les heures passent et je me fais une raison quant à ma présence à temps à la fête. Mais je ne m’inquiète pas trop, mes invités prendront sûrement ça comme une nouvelle extravagance de ma part.
Soudain la porte s’ouvre et quelqu’un est jeté dans la cellule. Je n’ai même pas le temps de réagir.

Le nouveau venu relève la tête et m’aperçoit
– « Tiens ! C’est la première fois qu’il y a quelqu’un avec moi ici, il y a eu un changement dans le planning ? demande-il sur un ton presque amusé. »
Je lui répond par un regard dédaigneux.
Il me fixe intensément, son expression marque une profonde concentration.
– « J’ai l’impression de vous connaître, me dit-il au bout d’un long moment ».
Son regard est maintenant perdu dans le vide.
– « Vous me rappeler quelqu’un, je n’arrive pas à me souvenir … »
Il a éveillé mon intérêt.
– « Je suis Urbano Alanzo Ezequiel Exposito Barrosa XVIIéme, Grand Administrateur de la Finances Interplanétaire Corp., lui dis-je espérant que cela déclenche une réaction chez lui.
– Oui, la FIC me rappelle quelque chose… »
Il ne termine pas sa phrase. Soudainement ses yeux s’agrandissent. Il se relève et semble surexcité.
– « Ça y est, ça me revient ! Dit-il. La FIC, mon travail sur le transport, les cycles… Mais, vous ne devriez pas être ici ! Ils vous ont capturé vous aussi ? »
Je ne prends pas la peine de lui répondre.
– « Fuyez ! me dit-il. Avant qu’il ne soit trop tard, fuyez !
– Je ne vais pas me rabaisser à ça, je lui répond. Ce ne sera plus très long avant que mon équipe de secours arrive maintenant.
– Vous ne comprenez pas, vous allez être intégrer au cycle, fuyez tant que c’est encore possible. Vous allez être présenté au Planificateur Général et il vous attribuera un rôle dans le prochain cycle.
– Ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent, je vais faire raser cette planète une fois que mes hommes seront là.
– Non, non, me dit il en secouant la tête, vous n’en aurez même plus la volonté. Les mémoires sont effacées à chaque cycle. Vous ne comprenez pas, tout ceci n’est qu’une expérience utopique de l’administration centrale galactique. J’étais comme vous au paravent, je suis, ou plutôt j’étais mécano de maintenance sur transport autonome. J’ai survécu au crash de mon transport sur cette foutue planète, mais j’ai été intégré, je ne suis plus qu’un vagabond pour l’instant, en tout cas, c’est ce que mon planning affirme. »
Cet homme est fou.
– « On en reparlera quand mes hommes seront là, lui dis je en détournant la tête.
– Non, ils ne pourront jamais venir, l’administration centrale fera tout ce qui en son pouvoir pour l’empêcher. Et même s’ils finissent par y arriver, vous ne voudrez plus partir, vous aurez un rôle et une note de comportement, vous n’aurez plus que ça en tête.
– Ridicule, dis-je en plongeant mes mains dans le poches de mon coûteux costumes. »
Mes doigts touchent quelque chose.

Fuite

Mon arme ! Je l’avais complètement oublié et le fonctionnaire n’a même pas prit la peine de me fouiller.

Bon, je ne préfère pas prendre de risque. Je sors la petite arme de ma poche et vise la porte. Le temps d’un clignement d’yeux et il n’en reste plus que des cendres. Je sors et aperçois le petit fonctionnaire paniqué en train d’utiliser le même appareil de communication que j’avais déjà vu chez les vieux.
Je lève l’arme et le fonctionnaire se transforme en un petit tas de cendre. Je sors et me dirige vers le transport utilisé pour m’amener ici. J’en vois au loin d’autres arriver. J’ai l’impression que le petit homme a eu le temps d’appeler des renforts. Pas de problème, je vise et plusieurs des transports explosent dans de grandes gerbes de flammes. C’est pour son incroyable efficacité que cette fabuleuse petite arme a été interdite.
Je monte dans le transport et en comprend rapidement le fonctionnement. La technologie est d’une simplicité presque insultante.

Je fuis vers le seul refuge que je connais, la capsule de survie. Avec un peu de chance elle aura encore assez d’énergie pour atteindre l’orbite de cette planète de dégénérés.

Je roule, faisant feu sur tout ce qui est susceptible de me barrer le chemin. Ça me fait du bien. Ce n’est qu’un avant goût de l’apocalypse que je déclencherais une fois sauvé.

Je reconnais la petite maison et le champs où je suis arrivé mais le transport s’enlise dans la terre, je suis obligé de continuer à pied. Je cours dans le champs de maïs luminescent non sans avoir pris le temps de brûler la maison des vieux. La nuit tombe et j’aperçois la pluie d’étoile filante. Bien trop importante pour être une pluie de météores, c’est bien le transport géant qui est en train de se désintégrer.

Encore quelques mètres et je serais à la capsule. Je cours mais ne la trouve pas, je suis pourtant au bon endroit comme en témoigne le sol brûlé par la flamme du moteur. La tête me tourne, je suis perdu, la capsule a disparu. Sous le choc, je n’ai pas conscience que mes poursuivants m’entourent. Un violent coup sur la tête me fait perdre connaissance.

30 minutes

Je ne me souviens plus vraiment comment je suis arrivé dans ce petit transport mais il ne reste plus qu’une demie heure avant mon arrivé sur Umbriel.
Je suis un terroriste. Je suis censé mettre à feux et à sang un petite bourgade sans importance avant d’être arrêté par les autorités. Je ne sais plus vraiment comment je suis devenu un terroriste mais cela sera d’une grande aide pour asseoir le pouvoir en place. Et si j’y parviens, cela relèvera ma note comportementale particulièrement basse. En tout cas, c’est ce que mon planning affirme.

Fin