Là je suis locataire, mais si un jour on me file des sous pour fabriquer une maison je ferai ça.


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Je sais pas si un jour « j’achèterai un appartement » et en tout cas c’est mal barré. Je l’ai pas fait à l’âge où on pense habituellement que c’est le moment (vers 30 à 35 ans, et de plus en plus jeune on dirait). Et maintenant que je suis presque mort et que je ne cherche pas à constituer un héritage, à quoi bon ?

Cela me laisserait tout juste, paraît-il, une certaine tranquillité d’esprit avec un toit à moi sur la tête, tout ça… Sauf qu’au final, si les propriétaires ont bien l’air de manquer d’une chose, c’est de tranquillité d’esprit.

Mais je veux bien devenir propriétaire si une fée (ou un fé, ne soyons pas sexistes) me propose de construire ma maison. Oui, il faut que ce soit un vœu assez précis, avec une fée qui bosse dans le bâtiment, parce que si je peux avoir vraiment ce que je veux ce sera plutôt un sous-marin ou un vaisseau spatial. Nous étudierons ces cas plus tard.

Alors donc, ok, je passe près d’un chantier, je vais pisser sur un tas de sable et j’essaie d’y écrire mes initiales ou un grand LOL… et pouf, une fée de chez Lafarge (qui revient peut-être d’un apéro avec Daech) me supplie d’arrêter de lui pisser dessus et en échange elle réalisera mon vœu immobilier.

Je lui pisse encore quelques gouttes dessus quand même, puis j’arrête et je lui dis tope là et elle tope alors c’est parti.

Déjà, je veux que ce soit quelque part dans la forêt, dans une clairière, mais quand même pas trop loin d’une ville de taille moyenne, et pas trop trop loin d’une grande ville. Facile.

Et dans la forêt, je veux pas mal d’arbres qui donnent des trucs cools comme des châtaignes, des noix, et bien sûr plein de champignons de toutes sortes (je lui fais un clin d’œil pour qu’elle comprenne bien le « toutes sortes »). Et il faut qu’il y ait des bouleaux, aussi. C’est joli.

Bonus si y’a un vieux bunker de la seconde guerre dans un coin, mais si ça veut dire que je dois être en Normandie ou près de Strasbourg, tant pis on remplace ça par un puits ou un gros barbeuc en parpaings. Sérieux, pas en dessous de Lyon. Tout le sud-ouest ça va, jusqu’à la Lozère, et côté sud-est ça me va tant qu’on est pas trop près de la mer (la Côté d’Azur c’est fini, maintenant qu’on a cassé la planète et qu’il fait trop chaud on tournera jamais la suite du gendarme à Saint-Tropez c’est plus la peine d’espérer).

Ensuite la baraque, ben donc elle est dans une clairière pas trop plate, faut que ça fasse un peu motte, mais pas non plus motte de donjon médiéval. Juste une petite élévation (genre si tu t’allonges en haut tu peux rouler jusqu’en bas en rigolant mais sans avoir peur).

La maison ça ressemble à une tour, on va dire. Enfin c’est difficile à décrire avec des mots mais je fais confiance à la fée pour qu’elle lise un peu dans mon esprit et qu’elle soit pas procédurière au mot près comme ces cons de génies.

Mais vous, vous êtes pas des fées, et en plus il paraît que vous êtes un peu lents (j’ai failli rajouter lentes mais ça fait penser à des poux c’est pas sympa) alors je vais vous expliquer avec des mots simples.

C’est comme une tour mais assez large à la base, quand même. Avec un grand porche à l’entrée. On peut venir se réfugier dessous s’il pleut, mais attention ensuite y’a une porte toute petite avec un digicode. Le code est écrit sur un bout de papier caché quelque part dans la forêt mais je vous dis pas où, forcément.

Le code c’est juste deux chiffres, alors j’avoue il y a quand même des gens qui arriveront à rentrer même s’ils ont pas trouvé le bout de papier.

Attendez, vous alliez entrer mais vous avez pas bien regardé la tour. En fait elle est composée de plusieurs morceaux qui dépassent un peu partout, dans des styles différents. Il y a une allure générale mélangeant brutalisme et gothique, mais sur certaines parties on voit des nuances asiatiques, arabes ou ce genre de chose. Si vous voulez, c’est un peu comme une ambassade de l’appropriation culturelle.

Bon, maintenant vous pouvez entrer.

Vous arrivez dans un hall en forme de croissant. Vous êtes sur la grosse partie du croissant, à votre gauche et à votre droite ça devient plus étroit.

C’est grand, et c’est surtout très haut. Quand vous levez la tête vous vous dites « wow c’est haut » et à ce moment là vous remarquez que sur la gauche je suis en train de vous faire coucou en souriant (si vous êtes quelqu’un que j’aime bien, ou si vous avez au moins cherché le code dans la forêt).

Et oui, parce qu’en fait je suis dans une pièce à vingt mètres du sol, qui donne sur le hall, mais vous voyez pas d’escalier pour me rejoindre. Y’en a pas, mais je vous dirai pas comment je suis monté. En haut je suis calé j’ai des bons fauteuils, un canapé, un bac à playmobils et même des livres et un petit frigo. Mais comme je suis sympa j’utilise la colonne de pompiers qui est juste à côté pour descendre vous rejoindre.

Une fois que je suis à votre niveau (après avoir atterri comme une plume), je m’adresse à vous :

« Là sur votre droite du croissant vous voyez ma collection de tableaux. Y’a le tableau 1-1 de Mario Bros parce qu’il est bien sûr mythique. Et toute une série de tableaux Excel, avec des calculs d’équilibrage de jeux. Mais ne restez pas trop longtemps les admirer, au centre du croissant se trouve l’ascenseur permettant d’accéder au reste de la maison.

Après vous. Voilà. Allons déjà au premier étage. Comment ça le bouton ne marche pas (fit-il avec un sourie malicieux). EH OUI. En fait l’ascenseur est un faux, mais vous auriez pu vous en apercevoir avant puisque juste au-dessus de la cabine il n’y a pas de cage d’ascenseur mais une statue de gros robot.

Bon, c’est pas grave, appuyez sur le 4 et sur le 2 en même temps. Hop, regardez derrière vous, une porte vient de s’ouvrir, elle donne sur un escalier. Ben oui, on peut monter, c’est fait pour ça (vous êtes un peu nunuche des fois).

L’escalier est plutôt sombre, il y a juste de petites lucarnes ici et là pour faire passer la lumière, mais pas d’éclairage direct. Les marches sont en bois et elles craquent quand on pose le pied dessus. Sur les côtés, il y a des livres, partout, jusqu’au bout dans tous les sens. En fait, plus on monte plus il y a des livres partout, jusqu’à ce qu’on se demande si les murs sont posés contre les murs, ou si les murs SONT les murs (un peu comme chez Gaston Lagaffe, le meilleur).

Vous vous dites alors qu’il vaut mieux pas qu’il y ait le feu, et vous avez raison et d’ailleurs c’est interdit de fumer dans ma maison, sauf des cigarettes lumineuses. Si vous en avez pas je les fournis gratuitement : ce sont juste des cigarettes électroniques sans fumée dont le bout s’allume en rouge quand on aspire dedans. L’avantage c’est que vous pouvez garder la même cigarette pendant très longtemps, et ça donne pas le cancer (enfin peut-être le cancer des lèvres parce qu’elles sont quand même fabriquées en Chine).

Attendez, mais qui est en train de parler, là ? Ah oui, c’est moi, tout va bien.

Allez on continue, on continue. C’est vrai que ça monte beaucoup… mais en fait la surprise c’est qu’on arrive au dernier étage !!! Donc ce sera facile maintenant d’accéder à tous les autres étages, il suffira de descendre (c’est moins fatiguant).

Le sommet c’est assez cool parce qu’on arrive à plusieurs embranchements d’escalier. D’un côté ça va vers mon bureau. On va pas y entrer y’a que moi qui a le droit d’y aller, mais je peux vous dire que c’est très cozy façon 19ème siècle, mais très fouillis et resserré, vous vous sentiriez à l’étroit de toute façon. Mais le mieux c’est qu’il a une fenêtre qui donne sur la Bretagne, avec des falaises et presque tout le temps la tempête. Au loin on voit la tombe de Chateaubriand et des fois il fait coucou il est rigolo.

Après y’a un autre escalier qui donne sur le vide et y’a un système qui fait qu’au moment où tu ouvres la porte, le sol se déroule sous tes pieds et tu tombes de cinquante mètres en dehors de la maison. C’est à la fois un système anti-cambrioleurs et une bonne blague pour les potes.

Mais au milieu l’escalier principal il donne sur un toit comme une tour pseudo-médiévale stylisée, le genre d’endroit où tu pourrais emprisonner Gandalf dans une cage magique à condition d’ajouter quelques postes de DCA anti-aigles.

Y’a une vue de ouf sur la forêt et sur la cathédrale de la ville pas trop trop loin. Là comme ça on voit pas bien les détails, mais y’a une de ces jumelles à pièce pour regarder où on veut pendant un moment. Je te prête une pièce, tiens.

Ensuite on redescends et dans ce sens là on peut s’apercevoir qu’il y a d’autres escaliers qui n’étaient pas bien visibles en montant. Il y a des pancartes pour indiquer les numéros des étages. Tu veux aller au premier, okay, mais attends comme tu es avec moi j’en profite pour te prévenir, pour aller au premier étage il faut suivre la pancarte qui indique le 3ème.

Allez, go.

On arrive, on arrive !! Ah, mince, c’est le deuxième étage. Bon, c’est pas grave, j’avais un petit creux. Ici, c’est la cafétéria. On peut pas rentrer dans la cuisine parce qu’elle est faite pour des gens dont la taille ne dépasse pas un mètre trente. Donc j’embauche des enfants et des personnes de petite taille, je sais que c’est pas très politiquement correct mais c’est la seule façon que j’ai trouvé de les laisser faire leur boulot sans venir les faire chier tout le temps. Là au moins j’ai pas le choix, je les laisse faire. Bien sûr, comme on a pas le droit de faire travailler des enfants je les payerai pas. Je compenserai leurs efforts en pains au chocolat et en cigarettes lumineuses.

Ils auront accès à une toute petite porte qui permet de descendre jusqu’au rez-de-chaussée grâce à un toboggan.

Allez, finis tes cornichons au miel et on y va. Y’a une super salle d’arcade au troisième mais c’est dangereux de remonter, on va plutôt aller au sous-sol. Heureusement y’ a une échelle de cordes dans les toilettes de la cafet’ pour y descendre.

Aah… le sous-sol !!

C’est sur deux niveaux, au premier y’a une piste de bowling et des tables de billard, mais bon j’y viens pas souvent, je préfère jouer au billard dans la ville pas trop loin d’à côté.

Au niveau d’en-dessous c’est divisé en deux, d’un côté une champignonnière où je fais pousser plein de champignons de Paris, et de l’autre une salle dédiée au brassage de bière. Dans un coin il y a aussi la chambre d’amis (mais pour les gens qui supportent pas l’obscurité et l’humidité on peut toujours dormir dans la salle d’arcade où y’a plein de matelas d’appoint dans le placard… c’est aussi là-bas qu’il y a le projecteur pour voir des films d’horreur de toute façon).

Alors on n’a pas tout vu, mais c’est quand même déjà pas mal. Et en fait il y a un sous-sol du sous-sol, un bunker anti-atomique. Mais c’était déjà compliqué d’arriver à le faire fabriquer par des ouvriers polonais (la fée peut pas tout faire toute seule) qui ne sont pas ceux qui ont construit tout le reste (pour pas que les ouvriers locaux connaissent mon bunker), c’est pas pour vous montrer cet endroit.

Maintenant, je vais aller faire une sieste dans l’une de mes chambres à sieste, alors à plus. »

Alors à plus.