Un texte simple à propos d’un gars qui pète la tête à des gens. Avec des personnages et des noms inspirés d’un jeu web de combat de gladiateurs, dans lequel je m’étais amusé à une époque. Le jeu s’appelait Colyseum je crois, ou Colloseum, et j’y menais une équipe nommée Ira Spartiae (y’a p’tet un i en trop). C’était fun et bigarré.



Un crâne explosé.

Un de plus, un vulgaire crâne de plus.

Mais écrasé à mains nues, pour une fois. Délice de connaisseur.

Mastus cracha tout de même le cuir chevelu qu’il tenait encore entre ses dents, puis extirpa son poing de la soupe cérébrale de feu son adversaire. Il leva ce poing en regardant la foule, qui se mit à l’acclamer à en faire trembler tout ce qui pouvait trembler. Mastus ne ressentait même plus la moindre excitation lors du combat ou de la célébration de ses victoires. Après avoir frôlé – et accepté – la mort une fois il ne la craignait plus, et de toute façon l’immense majorité de ses ennemis n’avaient aucune chance contre lui, une force incroyable dans un corps si immense qu’il en inspirait une peur paralysante.

Il se mit tranquillement en route vers la sortie de l’arène, quand…

La foule se tut en quelques secondes. Jamais Mastus n’avait observé pareille stupéfaction. Au bout de quelque instants de calme, les masses se défirent de leur mutisme, mais pour entamer un murmure inhabituel. Inquiétant. Mastus se retourna.

Son adversaire, dénué de tête, s’était relevé.

Et avançait vers le vainqueur.

Qui n’était plus si certain de pouvoir être qualifié ainsi.

Incapable d’accepter si facilement ce qu’il voyait, Mastus resta figé, son cerveau tournant sur lui-même pour essayer de trouver la moindre explication valable à ce phénomène.

Ce n’est qu’en recevant un coup du cadavre maudit qu’il fut forcé de reprendre ses esprits. Il se saisit alors du corps pour le lever au-dessus de sa tête. La foule reprit ses acclamations, ne cherchant même plus à comprendre le pourquoi de l’affaire mais simplement à en suivre la nouvelle violence. Mastus projeta sa victime devant lui avant de s’y écraser de tout son point, brisant la cage thoracique sans le moindre effort. Afin d’éviter toute mauvaise surprise, le gladiateur se mit à genou pour achever d’une manière définitive et systématique la destruction de cette créature des enfers. Un homme sans tête ? Et quoi encore ? S’il fallait réduire cette chose en bouille, il le ferait.

Et il le fit.

Après l’acte, le colosse dut bien se rendre compte de cette sauvagerie. Devant ce reste de corps humain, devant cet amas de viande mêlés à des morceaux d’os, Mastus lui-même ne put rester impassible. Il vomit, puis n’osa plus lancer son regard vers la foule. Se mettant à nouveau en marche vers la sortie, il n’était accompagné que de bruits divers et indistincts en provenance de ce public partagé entre admiration, pitié et dégoût.

Mais, à nouveau. Le silence. Plus court. Suivi rapidement d’une part d’exhortations et d’une part de cris d’épouvante. Des spectateurs commençaient à sortir précipitamment. Mastus se retourna.

Son adversaire, recomposé d’une manière abominable, s’était relevé.

Un fou, un excité parmi les plus enragés dans la foule, cria à Mastus, dans une clarté qui surpassa la cohue :

« Pluton te veut, toi qui méprise la mort ! Ce soir tu dormiras dans le Tartare ! »

Désormais empli de colère, Mastus serra les poings et se rua sur le monstre. Au moment de frapper… il se réveilla.

Effrayé, suffoquant, suant, Mastus chercha soutien. Et de l’air !

Pluton était là, auprès de lui. Lui proposant un peu d’eau.

Encore ce mauvais rêve ! Pluton le rassura, c’était fini.

Le Dieu lui chuchota de se calmer, d’oublier.

Puis il lui ferma les yeux, et l’endormit.

Jusqu’à rêver, d’une arène.

Familière. Familière.

Durant les premiers instants du songe, Mastus se voyait entrer dans ce combat dont il connaissait déjà la fin. Mais bien vite sa lucidité s’estompa, et il était à nouveau Mastus, gladiateur s’apprêtant à écraser le crâne d’Horatio, jeune rétiaire chétif qu’il parviendrait bien à vaincre. Comme tous les autres avant lui…