Dans la petite série « vidange mentale », un vieux texte qui parle de gens connus et pas connus.


Vidange mentale

Case cérébrale : “Voisins temporels”

J’ai tendance à me considérer, sur un plan métaphysique l’égal des dieux (tout en accordant le même privilège à chacun de mes lecteurs), mais tout ça n’a rien de très concret au quotidien. Au quotidien, je suis un rejeton de mon siècle, avec les bénédictions et les malédictions que ça comporte (et la chance d’être né dans un endroit pas trop craignos quand même, et on ne dit pas de mal de Marseille je vous entend dans le fond).

Entre les deux, entre ce plan métaphysique aux parfums psychédéliques et ce plan mégaphysique aux senteurs diverses et pas toujours glorieuses, il y un autre plan, celui de notre conscience collective. Je ne parle même pas de Jung ici, ni de pensée réellement commune. Juste du fait que durant ma vie, ma conscience d’individu mortel cohabite avec des tas d’autres consciences qui voyagent en même temps que toi sur notre grand vaisseau spatial sphérique.

Et alors ?

Eh bien, ma foi, j’ai une certaine affection pour mes compagnons de route.

Oh, bien sûr, j’ai aussi de l’affection pour certaines figures du passé. De vieux philosophes barbus, des chefs militaires qui ont défoncé la moitié de la planète sans forcer (les bouquins d’histoire seraient chiants sans les guerres), des écrivains dépressifs mais un brin géniaux, etc. Ces gens-là, je les aime bien. C’est juste qu’ils sont loin. Parfois pas très loin, juste dans la rue d’à-côté. Mais tout de même, il y a une différence.

Quelque soit leur rang social, les personnes qui parcourent la même portion d’histoire que moi, je leur accorde une affection particulière, une tendresse qu’on doit naturellement aux frangins et frangines d’une même couvée.

Je ne sais pas pourquoi, mais je pense souvent à Brad Pitt lorsque me vient cette idée. Le principe est bien sûr valable aussi pour Obama, Poutine, Chevalier et Laspalès, et même pour ceux qui ont péri avant moi comme Coluche voire Desproges qui a cassé sa pipe assez tôt…. mais c’est Brad Pitt qui me vient parfois en tête, je n’en suis pas spécialement fan. Oh, je le trouve pas mal, comme acteur, mais ce n’est sans doute pas le meilleur. Je crois qu’il représente simplement pour moi cette espèce de sphère élitiste qui surnage au-dessus de notre masse grouillante. Et donc quelque part, je me sens pote avec Brad Pitt.
Comme si… comme si par exemple, une fois qu’on aurait cané, qu’on serait passé devant Saint Pierre tout ça… on aurait genre passé l’équivalent de 350.000 années terrestres dans le ciel au dessus des nuages, chacun de notre côté… et puis pouf, je rencontre l’ange Brad Pitt, on papote, on se rend compte qu’on a vécu au même moment, que j’avais vu ses films et tout. Et puis là on rigole, on devient piliers d’un bar céleste quelconque, à se raconter les conneries des 20èmes et 21èmes siècles, tout ça.

Voilà.
Et donc, ça serait pareil avec un pécore chinois (si les anges ont une langue commune) ou avec m’sieur Poutine, même si j’aurais moins de choses à lui dire qu’à Brad.

Forcément, je cite surtout des gens connus parce que si l’on raisonne en terme de période temporelle, ce sont eux qui auront la charge de porter notre trace plus tard. Lorsque les générations futures consulteront les livres d’histoire, je serai dans l’ombre de ces voisins temporels illustres. Lorsqu’on se renseignera sur le règne d’Obama Ier, il y aura un peu de moi, dans ces études de populations. Certes, je serai un peu plus présent dans les études du règne de Sarko Ier, je préfère simplement ne pas trop y penser.