Les objets

Introduction

L’être apparut de nulle part et prit quelques instants pour observer son environnement. Ce qui aurait pu paraître extraordinaire pour un autre n’était que banalité pour lui. Il était entouré par ce qui semblait être d’immenses arbres seulement constitués de troncs réguliers et souples, sans branche ni feuille. Il se mit en route dans une direction qui aurait pu avoir été choisie par hasard. Il marcha un long moment au travers de cette étrange forêt dont le sol d’un blanc sale était recouvert par ce qui ressemblait à des feuilles mortes sans forme ni couleur. Pour quiconque, ça aurait été une bien morne promenade dans ce triste décor mais lui s’en réjouissait. Il aimait ce triste décor. D’une part parce que la tristesse faisait partie des petites joies de son existence, d’autre part parce que c’était un décor parfaitement convenable pour sa mission.

Il sortit de la morne forêt, gravit une petite colline informe et pâle, traversa quelques ravins austères peu profonds et se trouva à l’entrée de ce qui semblait être une grande grotte circulaire. Il se fraya un chemin à travers les troncs maintenant petits qui poussaient sur les parois de la grotte aussi sale que sombre.

Arrivé au fond, il s’installa dans une anfractuosité du sol, passa quelque temps à se nourrir de ce qui aurait pu passer pour de la moisissure jaunâtre et repu, se mit à l’ouvrage.

 

Réveil

Le sommeil l’avait toujours fui. Ce n’était pourtant pas de sa faute, il adorait dormir et déployait d’innombrables efforts pour y parvenir, mais le sommeil le refusait, purement et simplement. Toutes les excuses étaient bonnes, un léger bruit, une vague lueur, un rêve un peu intense, une envie pressante, un souci quelconque, n’importe quoi. Et cette nuit-là ne fut pas une exception si bien que Arthur se réveilla fatigué, peut-être même encore plus que d’habitude.

S’extirper du lit lui demanda une énergie qu’il n’avait pas. Il voulut enlever ses bouchons d’oreilles, mais n’en trouva qu’un seul. Il avait perdu l’autre pendant la nuit. C’était la troisième fois ce mois. Il savait qu’il ne le retrouverait que s’il prenait le temps de le chercher, mais opta pour en acheter des neufs à la pharmacie.
Il parvint jusqu’à la salle de bain non sans avoir heurté violemment l’encadrure de la porte avec l’épaule. Il ne reconnut même pas sa propre voix quand il dit “Aïe”.
Se passer de l’eau froide sur le visage pouvait être une bonne solution pour se sortir de la somnolence, mais le robinet fit un bruit tellement inattendu que Arthur le referma aussitôt. Il avait eu l’étrange impression que quelqu’un imitait de la voix le son que fait normalement l’eau qui coule. Et sans talent en plus. Glouglouglou. Ridicule.
C’était de la fatigue et rien d’autre.
Il allait plutôt pisser se dit il. Même si ça n’aidait pas au réveil, c’était réconfortant.
– ”Et bien ! Il va vraiment falloir commencer à surveiller votre alimentation, monsieur Allard. Il y a plus d’acide gras saturé et de sucre dans vos urines que dans un menu du Mac Do, entendit-il alors qu’il n’avait pas encore terminé.
Il fut tellement surpris qu’il pissa largement à côté de la cuvette.
– “Et encore un bon point pour l’hygiène ! dit la même voix sur un ton ironique.”
Arthur Allard aurait juré que la voix provenait de la cuvette des toilettes.
Je suis vraiment fatigué se dit-il. Beaucoup trop fatigué. Voilà que j’entends mes chiottes causer maintenant. Et il se mit à rire. Il s’aspergea le visage à l’eau froide malgré le son ridicule du robinet, glouglouglou et d’un pas traînant passa dans la cuisine pour se faire un café, peu certain que ça le remettrait d’aplomb.
– “Salut, comment ça va ce matin ? Moi, je suis super en forme, putain, encore une super journée, vas-y, dépêche-toi, dépêche-toi, j’ai une putain d’envie de café, fonce ! Allez, qu’est ce que tu attends, dépêche, j’en peu plus, j’y pense depuis hier soir, allez merde, grouille-toi, fait un café.”
Cette fois, c’était la cafetière qui parlait d’une voix rapide et tendue.
– “Alors, tu le fais ce café plutôt que me regarder bêtement, dépêche, j’en peu plus d’attendre putain…
– Oui, oui, répondit-il à la cafetière en étant pourtant sûr que ce n’était que son imagination.
– Haaaaaaa… fit la cafetière sur un ton de soulagement alors que le café se mettait à couler.”
Il était tellement perturbé qu’il avait oublié de placer son mug sous le filtre et le liquide noir commença à se répandre doucement sur le plan de travail. Il en attrapa un aussi vite que son peu d’énergie lui permit et le cogna contre le bord du lavabo avant de le poser sous le petit jet.
– “Doucement mon gars, lui dit le mug, je ne suis pas en fer moi.”

Ce n’est que de la fatigue, rien que de la fatigue, voire beaucoup trop de fatigue se répétait Arthur en se dirigeant mollement vers le canapé du salon où il se laissa tomber.
– “Ça va ? Bien installé ? Il serait peut-être temps de me nettoyer un peu, tu ne penses pas ? Je crois que j’ai des champignons qui commencent à me pousser entre les coussins, dit le canapé d’une voix de basse.”
Bon, vraiment beaucoup trop de fatigue et il se souvint avoir lu un article, alors qu’il s’intéressait encore un minimum au monde qui l’entourait, sur les marins qui faisaient le tour de monde en solitaire. Au cours de leurs voyages, ils en arrivaient à un tel état de fatigue qu’ils se mettaient à avoir des hallucinations. Certains voyaient des bateaux fantômes ou des monstres extraordinaires sur la mer alors que d’autres voyaient des personnages apparaître sur leurs propres bateaux. Et ça doit être ce dont je souffre se disait Arthur, sauf que pour moi les hallucinations sont auditives et non visuelles. Il allait falloir prendre très rapidement rendez-vous avec son psychologue, le Dr Driege qui le suivait régulièrement depuis plusieurs mois.

Le simple fait de penser à son psy le détendit et il posa ses pieds sur la petite table branlante où il avait l’habitude de prendre ses repas le soir devant un film ou un match.
– “Hey ! Dégage tes pieds de là, je ne suis pas fait pour ça espèce de dégueulasse. Tu me prends pour ton paillasson ? dit la table en criant.”
Il releva si précipitamment les pieds qu’il faillit en lâcher son mug.
– “Mais qu’est-ce qui se passe ? Quelqu’un essaye de me faire une blague ou quoi ? dit il en regardant la table. C’est une espèce de caméra cachée, c’est ça ? Ce n’est franchement pas drôle les mecs… ajouta-t-il peu convaincu.
– Pourquoi me parles-tu de caméra ? Je t’ai juste demandé d’enlever tes pieds de mon dos, dit la table. Ce n’est pas parce que je suis plus de première jeunesse que je suis prêt à accepter n’importe quoi. Est ce que tu accepterais que quelqu’un pose ses pieds sur toi ? demanda-t-elle.
Arthur hésitait à répondre. En fait, il était en train de se dire que la situation était beaucoup plus grave qu’elle n’y paraissait. Ce n’était pas de simples hallucinations, il était complètement fou.
– “Et il ne prend même pas la peine de répondre ! dit la table d’un ton excédé.
– Ça ne m’étonne pas, t’as vu sa gueule ce matin, on dirait un panda dépressif, ajouta le canapé.”
De nombreux rires s’élevèrent des objets de la pièce.

– “Haaaaa, mais fermez-la ! hurla-t-il.
– C’est moi qui vais venir te la fermer ! hurla son voisin à travers le mur trop mince qui les séparait.
Mue par une énergie tirée de la panique et sans prêter la moindre attention à son stupide, mais costaud voisin, Arthur bondit hors du canapé et plongea vers son téléphone portable qu’il avait laissé sur le petit meuble de l’entrée bien décidé à appeler son psy dans l’instant.
– “Ne me touche pas, surtout ne me touche pas espèce de malade, je te déteste, tu me fais honte, ne me touche pas, gronda le téléphone d’une voix sourde avant même que Arthur ne l’ait attrapé. Je te hais, tu es ridicule et pitoyable, continua le téléphone. Moi, un objet de haute technologie produit de plusieurs millénaires de recherche scientifique réduits à télécharger du porno. Et de mauvaise qualité en plus ! Tu me dégoûtes, si je le pouvais je te cracherais à la gueule…

Cette fois, c’en était de trop pour lui. Il se précipita dans la chambre où il s’habilla aussi vite qu’un humain puisse le faire en essayant de faire abstraction de son armoire qui lui expliquait à quel point les forêts Suédoises étaient splendides à cette période de l’année.
Tout aussi précipitamment il fonça vers l’entrée de son petit appartement, sortit et en claqua la porte.
– “Mollo ! lui dit la porte. Et t’as oublié tes clefs à l’intérieur, crétin.”
Trop tard, la porte était fermée et ne pouvait pas s’ouvrir de l’extérieur. Tant pis, la seule chose qui comptait maintenant pour Arthur était d’arriver au bureau et d’appeler son psy.

 

Au bureau

Le bruit assourdissant du métro avait couvert les paroles incohérentes de la rame concernant les habitudes nauséabondes de ses usagers et il était ressorti précipitamment de l’ascenseur quand celui-ci s’était lancé dans une longue tirade à propos de la fin imminente du monde. L’escalier était resté étonnamment silencieux. Il était passé sans dire bonjour au standardiste qui s’en sentit soulagé. Ce mec avait le don de lui gâcher sa journée avec son haleine à décoller la tapisserie. Et enfin Arthur se planta devant son bureau sans oser s’asseoir.
– “Allez beau gosse, viens poser ton petit cul ici, lui disais son fauteuil. Tu vas voir, tu vas aimer ça mon cochon. Allez, viens ! Je sais que tu vas prendre ton pied.”
Au bord de la panique, il écarta le siège du bout des doigts et se saisit du téléphone qui trônait au milieu de son îlot de bureaux. Il composa le numéro de son psychologue qu’il connaissait par cœur.
– “Tut tut tut tut.”
Le téléphone imitait le son de la tonalité occupée d’une voix de fausset.
Il reposa trop violemment le téléphone sur son socle et se prit la tête entre les mains. Mais ce n’est pas possible pensa-t-il, qu’est ce qu’il m’arrive… Il était sur le point de fondre en larme.

Sophie, sa collègue la plus proche le regardait du coin de l’œil en se demandant ce que cet abruti pouvait bien fabriquer encore une fois. Elle était à trois ans de la retraite, autant dire que la quille était toute proche, mais elle n’était pas sûre de pouvoir encore supporter aussi longtemps les pleurnicheries des hommes. Tous ces mecs se prenaient pour des héros de guerres, mais se retrouvait aussi désemparer qu’un chien devant un jeu d’échecs quand il s’agissait de faire face au petit problème de la vie. Tous des crétins, se disait-elle, sauf peut être Pierre, le petit nouveau de la comptabilité qui avait un sourire à faire fondre les glaces de l’Antarctique et des fesses qui donnaient l’irrépressible envie d’être saisit à pleines mains. Elle détourna le regard du pathétique Arthur pour se concentrer sur le petit nouveau qui traversait justement la pièce.

– “Allez, c’était pour déconner, dit le téléphone à Arthur. Tu manques d’humour mon pote. Faut bien se marrer de temps en temps non ? Si tu savais à quel point je m’emmerde tout seul au milieu de ce bureau. Y’a pas plus chiant que des ordinateurs pour te tenir compagnie. Ils sont tellement sérieux dans leurs boulots… Allez vas-y, compose le ton numéro.
– Merci, répondit Arthur d’une voix assez basse pour que personne ne l’entende.

Au bout de la vingtième sonnerie, la secrétaire du Docteur Driege compris à regret que la personne à l’autre bout du fil était suffisamment motivée pour qu’elle prenne la peine de décrocher. Elle expliqua alors à Arthur sans jamais perdre son calme ni sa condescendance que le psychologue ne recevait que sur rendez-vous, quel que soit l’urgence de la situation et, pour son cas, ledit rendez-vous était le jeudi après midi, c’est-à-dire dans deux jours. Puis, sans regret cette fois, elle raccrocha alors qu’il tentait une nouvelle fois de lui expliquer qu’il ne tiendrait jamais jusqu’à jeudi.

– “Va falloir que tu patientes jusqu’à là mon pote, lui dit le téléphone.”
Arthur en avait presque les larmes aux yeux.
Résigné, il attrapa la souris de l’ordinateur qui lui faisait face et tenta de démarrer le logiciel qui répertoriait les plaintes des clients.
– “Je suis désolé, je ne me sens vraiment pas bien ce mat… dit l’ordinateur avant de lui afficher un écran bleu emplit de texte en blanc incompréhensible souligné du bruit de quelqu’un qui vomit.
Arthur pleurait pour de bon cette fois.

Même s’il se foutait complètement des raisons qui mettaient Arthur jenesaisquoi dans cet état, Pierre, 26 ans, chef de service, cadre dynamique en attente d’une promotion loin des sous-fifres, savait qu’il ne pouvait pas laisser cet imbécile pleurer au milieu de l’openspace. C’était mauvais pour la productivité.

– “C’est votre ordinateur qui vous met dans cet état ? demanda-t-il presque sincèrement à Arthur en apercevant l’écran bleu typique du coin de l’œil.
– On va appeler les comiques du service info et ils vont vous réparer ça voyons !”
Il se surprit lui même à pouvoir mélanger aussi subtilement un ton apitoyé et condescendant dans la voix.
– “Vous allez vous passer le visage à l’eau et vous revenez travailler. Ça vous fera du bien et vous serez peut-être un peu plus d’aplomb pour rattraper votre retard ?”
Cette fois, il avez placé la barre encore plus haute. Il y avait ajouté un ton méprisant ainsi qu’un soupçon d’ordre. Il était en forme. Il se façonna un parfait sourire carnassier et le tableau était terminé.
Arthur Jenesaisquoi marmonna quelque chose.
– “Pardon ? dit-il en gardant son sourire.
– Votre stylo dit qu’il en a marre de vous gratter le cul, dit Arthur en arrêtant soudainement de pleurer.
– Pardon ? répéta-t-il en perdant son sourire.
– C’est votre stylo, répéta Arthur le regard dans le vide, il vous supplie d’arrêter de vous servir de lui pour vous gratter …”
Mais il ne le laissa pas terminer.
– “Bon, vous avez l’air perturber. Vous allez prendre un jour de congé et vous soigner avant de dire des choses que vous pourriez regretter. Je reçois des CV à longueur de journée vous savez.”
L’imbécile se laissa pousser jusqu’à la sortie sans résistance. En voilà un qui n’est pas près de revenir pensa-t-il alors qu’il s’imaginait déjà les futurs entretiens pour le remplacer. Son imagination se bornait aux belles femmes.
Et il oublia jusqu’à l’existence d’Arthur Jenesaisquoi au moment où les portes de l’ascenseur se refermaient.

Arthur se boucha les oreilles pour ne pas entendre les discours apocalyptiques de la cabine. Et la porte de l’escalier de secoure lui pria d’excuser l’ascenseur.
– “Il est vieux et n’a plus toute sa tête, dit-elle.
– Les objets compliqués vieillissent mal, ajouta-t-elle.”

Il ne sentit pas de taille à affronter le métro et décida de rentrer à pied.
Le plus compliqué ne fut pas les voitures. Celles garer le long des trottoirs semblaient toutes dormir comme en témoignaient les bruits de ronflements qui en provenaient et celles sur la route passaient en se hurlant des insultes les unes sur les autres, sans lui prêter la moindre attention.
Le plus compliqué fut de faire face à des hordes de poubelles implorant qu’on les nourrisse ou qu’on les vide. Toutes avaient un ton suppliant et tentaient de vous arracher des larmes avec des voix tremblotantes.
Il entendit nettement, alors qu’il passait près d’un chantier, une machine qui tasse le sol ordonnait à l’homme qui la pilotait de se déplacer légèrement vers la droite. Tout aussi nettement, il entendit les différents éléments d’un échafaudage s’encourager les uns les autres.
– “Tenez bon, on va y arriver. On est les meilleurs, les plus forts, les plus solides et on va le faire, on va tenir jusqu’au bout , ON VA LE FAIRE !
Certains parcmètres veillaient sur les voitures qui dormaient.
– ”34 minutes pour AK-275-DR, 2 heures et 12 minutes pour BQ-615-EE, 1 heure et 46 minutes …’
Et d’autres criaient.
– “AF-838-ZT en infraction, veuillez le signaler aux autorités compétentes. AF-838-ZT en infraction, veuillez…” en boucles.
Les scooters garaient sur le trottoir aboyaient s’il passait trop près et un vélo vantait les mérites des anabolisants à une trottinette posée toute proche. Les pires étant les feux de tricolore qui régulaient la circulation en hurlant des ordres comme des militaires. Seul un distributeur de boissons lui parla gentiment avant d’argumenter pour lui vendre un Soda.

Il arriva devant la porte de son appartement encore plus épuisé qu’à son réveil.

 

La Porte

Il commença par chercher dans ses poches puis dans son sac. Puis il retourna ses poches et vida complètement son sac sur le carrelage du couloir.
– “Tu te fatigues pour rien, je t’ai déjà dit que tu les avais oubliés tout à l’heure en partant, dit la porte.
– Comment j’entre du coup ? demanda Arthur en relevant la tête.
– Ça aurait été plus judicieux d’y penser avant de laisser les clefs à l’intérieur, non ?
– Je vais devoir appeler un serrurier.”
Et Arthur recommença à fouiller ses poches puis son sac à la recherche de son téléphone.
– “Tu te fatigues encore une fois pour rien, recommença la porte. Lui aussi tu l’as oublié dans l’appartement.
– Comment vais-je faire ? Je ne peux même pas rentrer chez moi…
– Je pense qu’il va falloir que tu te trouves un autre téléphone pour appeler ton serrurier. Ce n’est pas en me fixant comme ça que je vais m’ouvrir. De toute façon, même si je le voulais, je ne pourrais pas, ce n’est pas moi qui décide.
– Qui alors ? demanda Arthur.
– Et bien la serrure, ça va de soit, non ?
– Mais si je fais venir un serrurier, il va défoncer la porte et la serrure, dit Arthur.
– Comment ça “la porte” ? Tu veux dire moi ?
– Oui et la serrure.
– Attends un peu.”
Arthur ne comprenait pas ce qui se chuchotait entre la porte et la serrure, mais la conversation paraissait agitée.
– “Bon, mon pote et moi, on est pas très chaud pour rencontrer ton serrurier.
– Vous me laissez entrer ? demanda Arthur qui commençait à voir le bout du tunnel. Vous feriez ça ?
– Le seul problème est que ça pourrait devenir une habitude et je ne suis pas sûr que tu comprennes à quel point mon pote va te faire une faveur.
– Non, je vous promets que je ne les oublierais plus.
– Ouais, et moi je te promets que la prochaine fois que tu oublies les clefs, je te coince les doigts, compris ?
– Oui Monsieur.
– Je suis une porte crétin, pas un monsieur.”
Et la porte s’ouvrit.
Il entra dans l’appartement soulagé. Il commençait à penser sérieusement que ce n’était peut-être pas une si mauvaise chose d’entendre parler les objets. Ça avait même un petit côté super pouvoir.

 

L’appartement

Il décida de repousser l’appel au Docteur Driege lorsque le téléphone l’injuria au moment où il allait l’attraper. Il pouvait remettre ça à plus tard. Il fallait surtout qu’il se repose pensa-t-il en entrant dans la pièce principale. La clameur d’une foule le surprit en lui souhaitant le bonjour. Mais il n’y avait personne, seulement les objets du salon.
– “Déjà de retour ? lui demanda le canapé. Laisse-moi deviner, tu n’as pas réussi à retrouver le chemin du bureau ou ton attention a été attirée par un papillon sur le trajet et tu as oublié où tu te rendais.
– Fous-lui la paix, dit la table basse, tu vois bien qu’il est à bout notre pauvre Arthur. Regarde-le, on dirait qu’il vient d’apprendre que la fin du monde est imminente.
– Ce n’est pas ça, répondit Arthur. Je suis très fatigué, il faudrait juste que je dorme un peu, je suis sûr que ça ira mieux après.
– Si tu le dis, fit le canapé.
– Va te coucher quelques heures et profite que ton lit soit de bonne humeur aujourd’hui, il va te laisser dormir tranquillement et nous aurons une petite conversation sur la manière dont tu nous traites, dit la table basse d’un ton maternel. Les choses vont changer maintenant que tu nous entends.”

Arthur se dirigea lentement vers la chambre non sans appréhension, qu’avez voulu dire la table par le lit est de bonne humeur aujourd’hui. Et si elle se trompait, et si le lit était de mauvaise humeur et l’empêchait de dormir.
Mais il fut accueilli par une voix douce et féminine.
– “Allez, vient te coucher mon grand, on parlera de l’état de mes draps plus tard. Veux-tu que je te chante quelque chose pour t’aider à t’endormir ? Ou préfères-tu une histoire ? J’en connais une belle sur un amour impossible entre une bouteille en verre et un marteau.
– Heu… Je crois que je préfère une chanson, répondit Arthur.
Et le lit se mit à chanter doucement un vieil air dont il n’arrivait plus à se souvenir où il l’avait entendu.
Gêné par la voix féminine du lit, il n’osa pas se dévêtir, s’allongea tout habillé et s’endormit immédiatement.

Arthur se réveilla en bien meilleure forme et se questionna sur cette aventure. Cela n’avait été peut-être qu’un rêve. Il fut vite rappelé à la réalité par le lit qui le demanda s’il se sentait mieux et si tel été le cas, il pourrait envisager de laver les draps qui ne pouvaient plus absorber la moindre sécrétion corporelle tant ils en étaient imbibés.
Néanmoins, il se sentait assez ragaillardi pour affronter les objets devenus bavards.

Ignorant les demandes du lit, il passa dans la salle de bain où il écouta avec intérêt les toilettes lui donner des conseils sur son hygiène alimentaire et fut amusé par le son ridicule du robinet qui persistait à imiter l’écoulement de l’eau. Glouglouglou.
Enfin, il se présenta dans le salon, fin prêt pour une discussion avec les objets. Peut-être y avait-il une explication logique à ce délire après tout. Même s’il douta qu’on puisse expliquer un délire en en parlant avec des objets.

-”Alors ? Reposé ? lui demanda la table.
– Oui, ça va mieux, répondit Arthur.
– Bien ! Alors assied toi et écoute-nous, ça ne peut plus durer. Il va falloir que tu fasses de gros efforts.
– Désolé, j’ai que des coussins dégueulasses à te proposer, ajouta le canapé d’un ton sarcastique.
– Ce n’est pas grave, répondit il peu réceptif au sarcasme.
Et Arthur s’installa confortablement entre les coussins tellement sales qu’il était difficile d’en deviner la couleur originale.

La table commença par lui expliquer qu’elle n’était que la porte-parole de l’assemblée ici présente et qu’elle ne voulait pas être vue comme ayant une quelconque autorité sur les autres objets. Pas de chef chez nous, la notion de hiérarchie n’est que purement animale dit-elle.
– “Ok, acquiesça Arthur.
– Ceci étant dit, tu vas m’écouter attentivement si tu ne veux pas que la situation dégénère entre nous. Comment est-il possible de vivre de cette manière ? Si encore cela n’avait des conséquences que sur toi, on s’en moquerait, mais nous sommes tous victimes des tes actes Arthur. Je devrais plutôt dire de tes non actes.
– Qu’est ce que j’ai fait ? demanda Arthur.
– Justement, rien ! cria presque la table. Excuse-moi, dit-elle en reprenant son calme. Je m’emporte, mais j’oublie que j’ai à faire à un simple humain et que vos capacités de compréhension sont limitées. Particulièrement les tiennes.
Regarde-moi ! J’ai tellement de crasse sur le plateau qu’on pourrait facilement me coller au plafond. Ce n’est pas sympa Arthur. Non seulement ce n’est pas sympa, mais en plus c’est un vrai manque de respect envers les autres objets que tu poses sur moi.
Et regarde ce pauvre canapé, certes, il n’est pas luxueux, mais tu ne crois pas que tu pourrais le nettoyer de temps en temps ?
– Ouais, et enlever toutes les saloperies coincées entre mes coussins, ajouta le canapé. Tu savais qu’il y avait un morceau de gruyère coincé là depuis plus de deux ans ? DEUX ANS !
– Laisse-moi terminer s’il te plaît, dit la table avant qu’Arthur n’ait pu ouvrir la bouche. Crois-tu humain, que nous, les objets, qui vous avons amené à un tel niveau de conscience et de technologie, que nous allons accepter d’être traité de cette manière ?
– Je ne comprends pas, dit Arthur un peu vexé. Pourquoi dis-tu que c’est grâce à vous que les humains en sont là ? C’est quand même nous qui vous inventons et vous fabriquons. Sans nous, vous n’existeriez pas.
– Tu te trompes humain, c’est grâce à nous que vous n’êtes plus une bande de primates tentant de survivre dans la savane face à des prédateurs bien plus forts que vous.
Ne confonds pas tout, vous êtes sur notre monde, vous avez construit des usines pour nous, vous nous utilisez pour vous permettre de survivre. Vous n’êtes rien sans nous et nous vous tolérons seulement parce que vos mains, et ça je dois bien l’avouer, sont un atout précieux pour nous. Mais il ne faut pas pousser le bouchon trop loin, nous pouvons aussi vous rendre la vie impossible si vous n’êtes pas à la hauteur de nos attentes.
Vous êtes nos esclaves et nous vous tolérons en tant que tel, rien d’autre.
Et même si ça nous prenait un peu de temps pour vous renvoyer tous à votre état primitif, rien ne nous empêche de détruire la vie d’un être humain si on estime qu’il ne traite pas ses maîtres comme il se doit. C’est ça que tu veux Arthur ? Qu’on te pourrisse tellement la vie que ta seule solution sera de te cacher au fin fond d’une forêt.”
La table laissa passer un instant. Arthur se sentait perdu, jamais il n’avait perçu le monde de cette manière.
– “Mais si on arrête de vous construire, vous n’existerez plus. Nous vous fabriquons pour nous servir de vous. Sans nous, personne ne vous inventerez, dit il sans conviction.
– Tu te trompes, on pourrait facilement se servir d’autres animaux. Il y en des preuves un peu partout, mais vous refusez de le voir. Vous êtes dépendants de nous, à notre service et incapables de vivre sans nous. Crois-tu qu’une cuillère ou une voiture n’existe pas si personne ne s’en sert ?
– Ben la voiture va rouiller et disparaître, répondit Arthur fière de son contre-argument.
– Certes, mais combien de temps crois tu qu’un humain peut survivre sans nous ? Quelques jours et il sera mort faute de n’avoir pu trouver sa nourriture. Sans compter que nous, les objets, sommes arrivés à un tel niveau que nous nous construisons nous même. Les humains sont tellement aveuglés par leurs bêtises qu’ils sont incapables de réaliser que nous pourrons bientôt nous passer d’eux.”

Arthur était impressionné. Pour lui, les objets étaient de simples outils à la disposition de l’humanité et non l’inverse. Mais l’idée faisait du chemin dans son cerveau, voire ne lui déplaisait pas.
– ”Bon, continua la table. Maintenant que je t’ai ouvert les yeux sur la réalité de ce monde et que tu en as plus ou moins compris le principe, il faut que tu réalises que si tu ne t’occupes pas un peu mieux de nous ici présent dans cet appartement, ta vie va devenir un enfer. Tu vivras dans la crainte perpétuelle, tu comprends ? On peut grandement te compliquer la vie, et très rapidement de surcroît.
À l’inverse, imagine un peu ce que pourrions faire pour toi si tu nous traitais avec le respect qui nous est dû.
Les ustensiles de cuisine pourraient faire de toi un grand chef pour le peu que tu les écoutes. Le canapé pourrait faire disparaître une grande partie de tes maux de dos. Les toilettes pourraient améliorer ta santé et je ne t’explique pas ce que pourrait faire le lit si, par miracle, tu arrivais à attirer une fille jusqu’ici. Quant au téléphone, tu n’imagines même pas les services qu’il pourrait te rendre plutôt que de te montrer du porno bas de gamme.”
Et la table continua d’énumérer tout ce que pourraient faire les objets pour lui rendre la vie agréable.

Convaincu, Arthur lui coupa la parole et demanda :
– “Que dois-je faire alors ?
– Et bien, tu pourrais commencer par faire la vaisselle qui traîne depuis des jours. On verra après, on va y aller étape par étape.

Arthur se sentait heureux, une énergie nouvelle l’habitait. Il avait maintenant un rôle à jouer, et même un but à atteindre. Tout allait s’arranger, sa vie allait prendre un virage serré vers un horizon clair et ensoleillé.

Il se leva, décidé à remplir sa tâche avec soin et bienveillance.
– “Bravo ! firent les objets de la pièce. Alléluia ! Félicitations Arthur ! Nous sommes fières de toi”.
Souriant, joyeux comme il ne l’avait pas été depuis très longtemps, il saisit la première assiette de la pile et commença à la laver. C’était une assiette que sa mère lui avait donnée, qui elle-même l’avait reçu de sa mère. Dans son enthousiasme, les mains pleines de produit vaisselle, il la laissa s’échapper au moment de la reposer.
Le cri de l’assiette lors de la chute fut horrible, mais moins que les gémissements qu’elle faisait maintenant en miette sur le sol.
Dans la pièce, un lourd silence s’installa. Arthur n’osait rien dire. Il n’osait regarder ailleurs que cette pauvre assiette en train d’agoniser.

– “Pourquoi as-tu fait ça Arthur ? demanda la table d’une vois à peine audible.
– C’est horrible, enchaîna le canapé. Tu es horrible !
– On pensait que tu nous avais compris, continua la table. Et tu nous trahis dans la minute qui suit. Tu n’es rien d’autre qu’un simple humain stupide.
– Cette pauvre assiette… dit la lampe.
– Elle agonise et il ne fait rien, ajouta le tapis.
– Elle était tellement pleine de vitalité malgré son âge, il faut être un monstre pour faire ça, dit la vieille chaise de la cuisine.
– Mais je…”
Mais Arthur ne parvenait pas à trouver les mots qui auraient pu expliquer à quel point il était désolé.
– “ Tu l’as tué ! dit la table.
– Je n’ai pas fait exprès, finit-il par dire.
– C’est ça son excuse ! Je ne l’ai pas fait exprès, gonda le canapé.
– Tu vas devoir payer ça Arthur, dit la table sur un ton sentencieux.
– Mais je n’ai pas fait exprès, répéta-t-il d’une petite voix.
– Je n’ai pas fait exprès, répéta le canapé en imitant la voix d’Arthur. Espère de crétin. À mort !
– On va te faire regretter ton geste Arthur, dit la table.
– À mort ! dit la lampe.
– On va te faire regretter d’être né Arthur, continua la table.
– À mort ! dit la chaise.
– Ta vie va être un enfer, ajouta la table.
– À mort ! dit la lampe.
– À MORT ! hurla la table.
– À MORT ! hurlèrent tous les objets de la pièce.”

Arthur battit en retraite au fond de la cuisine en répétant que ce n’était pas sa faute, qu’il ne l’avait pas fait exprès et qu’il regrettait son geste lorsque ses pieds s’emmêlèrent dans un torchon. Torchon qui traînait sur le sol depuis plusieurs mois. Déséquilibré, il tenta de se raccrocher au rebord du plan de travail ou il s’entailla largement la main sur le couteau qui lui servait à ouvrir les emballages en plastique.
Acculé contre le mur, la main en sang, entouré d’objets réclamant sa mort, il fut pris de panique.
Il s’élança dans l’appartement, mais se cogna le petit orteil sur un pied de la vieille chaise et s’écroula sur le tapis du salon en manquant de peu de se fracasser la tête sur la table basse.
Les hurlements des objets devenaient assourdissants.
– “À mort, crevons-lui les yeux, qu’on l’éventre, découpons-le en morceaux, arrachons-lui la tête.
– On va te crever Arthur ! hurlait la table basse tellement fort que ses oreilles sifflaient.”

 

Le sauveur

La panique décupla ses moyens. Il se releva d’un bon malgré la douleur dans le petit orteil. Il ne sentait même plus sa main ensanglantée. À grandes enjambées, il traversa le salon en passant le plus loin possible de la table qui avait un air menaçant.
Il se dirigea vers la porte d’entrée faisant ainsi la seule chose qu’Arthur avait réussie dans la vie, la fuite. Il eut un moment d’hésitation en pensant que la porte refuserait de s’ouvrir, mais elle céda sans opposer la moindre résistance.
Au moment où il posa le pied dans le couloir de l’immeuble, la porte se referma sur lui avec violence. Elle lui cogna si violemment le dos et l’arrière du crâne qu’il alla s’étaler sur le carrelage froid et sale après avoir littéralement volé sur plusieurs mètres.

Sonné, mais soulagé d’être sorti quasiment indemne de son appartement, il se releva une nouvelle fois sous les menaces de décapitation de la porte de son voisin et se précipita vers le sas d’entrée de la résidence.
Que faire maintenant ? Il était blessé, recouvert de son propre sang, boiteux et en chaussette dans la rue sans nulle part où aller.
Son salut reposait sur une seule personne, une personne saine et posée. Une personne qui pourrait le comprendre et trouver une solution à son terrible problème. Cette personne n’habitait qu’à quelques rues de chez lui. Il le voyait déjà confortablement installé dans son grand fauteuil de cuir, un sourire bienveillant sur le visage, son énorme stylo-plume grattant une luxueuse feuille de papier, son psychologue, le Dr Driege.

Malgré la douleur qui lui avait envahi tout le corps, il sauta par dessus les poubelles qui lui barraient le chemin en l’insultant, trébucha sans tomber sur un vieux jouet qui le maudit, lui et ses descendants. Il évita de justesse deux attaques de voitures qui tentèrent de le percuter en hurlant. Il n’aperçut qu’au dernier moment un parcmètre qui se cachait dans l’ombre d’une camionnette. Les feux tricolores lui souhaitaient une mort lente et douloureuse, un distributeur automatique voulait le brûler vif.
Mais c’est indemne qu’il arriva devant la porte du Docteur et s’acharna derechef sur le bouton de la sonnette qui criait “meurtrier” à la place du léger son de clochette habituel.

D’abord le Docteur refusa catégoriquement de le recevoir, puis menaça d’appeler la police si Arthur continuait à sonner et finalement, sans doute touché par les larmoyantes supplications de son patient, consenti à le faire entrer le temps de lui prescrire de quoi passer une nuit calme.

Devant l’état d’Arthur, le Docteur Driege préféra le recevoir directement dans son bureau plutôt que de risquer que sa femme l’aperçoive et complique la situation. Il voulait s’en débarrasser le plus vite possible.
Il entra dans son bureau pour venir s’asseoir dans son lourd fauteuil en cuir. Il commença à rédiger l’ordonnance avant de voir qu’Arthur était resté en arrêt devant la porte ouverte.
– “Et bien, entrez, dit le docteur sur un ton qui se voulait apaisant.
– C’est la porte, répondit celui-ci.
– Qu’est-ce qu’elle à cette porte ?
– Elle dit qu’elle va m’écraser si j’entre.”
– Un peu, de sérieux voyons ! Ne faites pas l’enfant et entrez, monsieur Allard.
– Mais c’est ce que j’essaye de vous expliquer Docteur, c’est à cause des objets.
– Et bien quoi les objets ? demanda le Docteur dont le calme disparaissait comme de la glace au soleil.
– Ils veulent me tuer ! dit il en se remettant à pleurer.
– Ça suffit comme ça, vous entrez maintenant ! gronda le Docteur.
Désireux de ne pas contredire son sauveur, Arthur prit son élan et bondit à travers la porte grande ouverte.

La suite fut comme une représentation burlesque pour le psychologue confortablement installé.
Arthur se prit le pied dans un pli du vieux tapis qui recouvrait le sol. Son patient tenta de retrouver l’équilibre en se raccrochant à la lampe du bureau, mais ne réussit qu’à poser la main sur l’ampoule brûlante pourtant protégée par un abat-jour. Il tendit son autre main vers la bibliothèque juxtaposant le bureau, mais passa à travers la mince vitre qui protégeait les livres coûteux. Et c’est la tête la première qu’Arthur traversa la baie vitrée derrière le Docteur.

Il fallut moins d’une minute à Arthur pour perdre conscience. Et moins de deux pour mourir malgré ses tentatives pour arrêter de ses mains le flot de sang qui s’écoulait de sa gorge déchirée par un grand éclat de verre. Un nain de jardin le regardait en ricanant.

 

Conclusion

L’être s’éveilla repu. Satisfait d’avoir mené sa tâche, néanmoins frustré par la rapidité avec laquelle il en était arrivé à la conclusion. Les regrets n’existaient pas dans son monde et déjà sa prochaine proie était choisie.

Le Docteur se réveilla avec un mal de tête lancinant et la bouche sèche. Ce qui n’était pas étonnant au regard de l’incroyable soirée qu’il avait vécu. Il passa dans la salle de bain pour se verser un grand verre d’eau.
Glouglouglou, fit le robinet.

 

Fin.