Un autre texte limité à 400 ch’tits mots.

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Désert et diesel

Un boulon de plus qui saute…

Ce pick-up n’arrivera jamais au bout. Sa carlingue raccommodée des dizaines de fois n’a plus qu’une envie, s’écrouler en un tas constitué de ces centaines de petits morceaux de métal que j’ai récupéré ici et là au cours des derniers mois.

Si au moins il pouvait m’emmener jusqu’à la cinquième dune. Ensuite je pourrai l’abandonner et me démerder autrement. Je trouverai bien quelqu’un pour m’emmener à la grande cité. Ouais, avec ce que j’ai à troquer ça ne posera pas de problème, à condition de survivre assez longtemps pour marchander quoi que ce soit.

L’auto-stop en plein désert a tendance a fonctionner plutôt mal…

Je pousse jusqu’à la quatrième dune. La petite cabane y est toujours : un cube de tôle permettant de se protéger du soleil tout en bénéficiant de quelques outils laissés là en permanence. En d’autres époques ces outils auraient été volés par les premiers venus, mais heureusement la Clarté est survenue depuis. Et avec la Clarté, un sentiment d’unité qui nous pousse à coopérer avant de lutter. Il y a bien toujours des fous pour tuer et piller, mais la plupart ont rejoint le clan et le culte des Mangeurs. Et les Mangeurs ne prennent pas ce qui n’est pas protégé. Ils n’acceptent de piller que si cela nécessite un recours à la force.

Ainsi, en arrivant à la cabane isolée, j’y retrouve bel et bien l’essentiel des outils que j’avais pu utiliser la dernière fois. Il en manque, mais d’autres ont été ajoutés. Il y a même un stock de plaques de carrosserie qui me permettra de colmater deux ou trois trous afin de protéger ma caisse du sable…

Pour éviter de donner la moindre occasion aux Mangeurs de m’éclater la caboche tout en pillant la cabane étape, une fois mon affaire réglée je roule un peu plus loin pour passer la nuit. Une nuit glaciale, comme toujours. Mais on s’y fait à peu près, du moins une fois qu’on a mis la main sur une bonne dose de couvertures.

Sauf qu’au milieu de cette nuit-là, un bruit de moteur me sort de mon demi-sommeil. Malgré la pénombre, leurs éclairages trahissent des Mangeurs.

Ne voyant personne, ils paraissent préparer une embuscade.

Je ne peux plus démarrer sans qu’ils me remarquent.

Pire. Je n’ai rien à attendre. Le lever du jour est sur le point de me trahir…